Masaru Emoto et Laurent Costa : rencontre autour de l’eau
Emoto - Costa
Qui était Masaru Emoto ?
Une poésie de l'infiniment petit
Laurent Costa raconte sa rencontre avec Masaru et Hiro Emoto à Biarritz en 2012, ainsi que les ressemblances et les différences entre leurs démarches.
Cette rencontre a compté dans mon parcours, même si ma démarche photographique reste distincte de celle associée à Masaru Emoto.
Lors du repas de gala d’un congrès consacré aux sciences quantiques, au Casino de Biarritz, je suis assis à une table voisine de celle de Masaru Emoto et de son fils Hiro. Une journaliste nous présente. Je leur montre quelques photographies sur mon téléphone ; ils les commentent avec enthousiasme et rient devant certaines formes.
Le lendemain, l’organisatrice me propose une rencontre privée avec Masaru. Pendant sa conférence, je comprends que les photographies publiées sous son nom sont réalisées avec une équipe travaillant dans des congélateurs. J’aurais aimé échanger directement avec ces photographes et voir leur protocole complet.
Nos conditions de travail sont différentes. Masaru évoque une congélation à environ −25 °C ; mon équipement me permet de travailler autour de −17 °C. J’ai essayé de photographier dans un congélateur, mais la buée recouvre rapidement l’objectif et le froid rend la manipulation des lames très difficile.
Le cristal qui évoquait un sourire : Le dimanche soir, Masaru et Hiro visitent mon exposition. Une photographie attire particulièrement leur attention : un petit motif, dans un cristal en forme de cœur, évoque un visage souriant.
Masaru remarque une marque placée du même côté que la fossette de mon fils, dont il avait vu la photographie la veille sur mon téléphone. Cette ressemblance m’avait échappé. Elle relève de l’interprétation d’une forme, mais la réaction calme et attentive de Masaru m’a profondément marqué.
Sans traductrice, notre échange reste simple, chaleureux et mémorable. Hiro m’invite ensuite à les accompagner à Mexico puis à Hawaï pour un documentaire et me propose de travailler avec eux. Je décline : je débute depuis quelques mois seulement et je préfère rester en France pour poursuivre mes observations.
Des démarches différentes : Au fil des années, j’ai observé des centaines d’échantillons. Je me suis rarement approché de l’apparence des images publiées par Emoto. À vue d’œil, j’estime qu’une petite proportion de nos photographies appartient à une même famille visuelle.
Je n’ai jamais vu de vidéo présentant son protocole complet, du prélèvement de l’eau à la sélection finale des images. Je ne sais pas non plus dans quelles conditions ses séances ont été observées par des témoins ou des scientifiques. Je préfère donc ne pas tirer de conclusion sur sa méthode.
Ma position aujourd’hui : Mon travail est avant tout photographique. Je montre des formes de glace et d’eau visibles au microscope optique ; je ne demande à personne d’adhérer à une théorie. Ces images ne prouvent pas la mémoire de l’eau. Leur interprétation peut nourrir un dialogue entre photographie, observation et recherche scientifique.
Les encouragements de Masaru et Hiro m’ont donné envie de continuer. Hiro et moi sommes restés en contact jusqu’au décès de Masaru, en octobre 2014. Je garde de cette rencontre le souvenir d’un moment humain, curieux et joyeux.
Laurent agrandit l’imperceptible tout en nous invitant à rétrécir notre ego pour mieux voir.
La précision de l’horloger au service de l’émerveillement.
Il y a quelque chose de profondément cohérent dans ce parcours : de la mécanique horlogère suisse, où chaque millième de millimètre compte, vers la photographie microscopique, où chaque cristal raconte une histoire. La patience, l’attention au détail, la quête de la perfection invisible, ces qualités trouvent un nouveau terrain d’expression.
L’eau comme miroir philosophique :
La démarche rappelle les travaux de Masaru Emoto sur les cristaux d’eau, mais Laurent semble aller dans la dimension poétique et introspective. Il ne cherche pas tant à prouver qu’à révéler, comme on révèle une photographie.
Cette idée que « l’eau, miroir de l’âme, semble refléter l’observateur » rejoint d’anciennes intuitions mystiques, des ablutions rituelles aux baptêmes, l’humanité a toujours pressenti que l’eau était plus qu’une molécule.
Une invitation à ralentir.
Dans un monde d’accélération permanente, Laurent propose l’inverse : s’arrêter devant une goutte d’eau. Regarder vraiment. Et peut-être, dans ce ralentissement radical, retrouver quelque chose d’essentiel que nous avons oublié.
Son approche résonne particulièrement aujourd’hui, alors que nous redécouvrons l’importance de l’eau, ressource menacée, élément vital, bien commun. Laurent nous rappelle qu’avant d’être un enjeu géopolitique, l’eau est un mystère.
