Masaru Emoto et Laurent Costa : rencontre autour de l’eau
Emoto - Costa
Qui est Masaru Emoto l’icône de l’eau
Une poésie de l'infiniment petit
L’horloger devenu photographe de l’invisible opère un double mouvement fascinant : il agrandit l’imperceptible tout en nous invitant à rétrécir notre ego pour mieux voir.
La précision de l’horloger au service de l’émerveillement.
Il y a quelque chose de profondément cohérent dans ce parcours : de la mécanique horlogère suisse, où chaque millième de millimètre compte, vers la photographie microscopique, où chaque cristal raconte une histoire. La patience, l’attention au détail, la quête de la perfection invisible, ces qualités trouvent un nouveau terrain d’expression.
L’eau comme miroir philosophique :
La démarche rappelle les travaux de Masaru Emoto sur les cristaux d’eau, mais Laurent semble aller plus loin dans la dimension poétique et introspective. Il ne cherche pas tant à prouver qu’à révéler, comme on révèle une photographie. L’eau devient un médium au sens spirituel : elle capte, elle reflète.
Cette idée que « l’eau, miroir de l’âme, semble refléter l’observateur » rejoint d’anciennes intuitions mystiques, des ablutions rituelles aux baptêmes, l’humanité a toujours pressenti que l’eau était plus qu’une molécule.
Une invitation à ralentir.
Dans un monde d’accélération permanente, Laurent propose l’inverse : s’arrêter devant une goutte d’eau. Regarder vraiment. Et peut-être, dans ce ralentissement radical, retrouver quelque chose d’essentiel que nous avons oublié.
Son approche résonne particulièrement aujourd’hui, alors que nous redécouvrons l’importance de l’eau, ressource menacée, élément vital, bien commun. Laurent nous rappelle qu’avant d’être un enjeu géopolitique, l’eau est un mystère.
Le travail de Masaru Emoto est connu pour ses photos de cristaux d’eau issues de ses livres comme « Les messages cachés de l’eau ».
Au repas de gala du congrès de science quantique en novembre 2012, dans la salle du Casino de Biarritz, nous sommes assis à la table voisine de celle de Masaru et Hiro Emoto. Une journaliste belge nous présente, puis ils veulent voir les photographies. Je leur en montre quelques-unes sur mon téléphone. Dans ses yeux : l’émerveillement d’un enfant.
« Oh… » Et l’eau devient langage.
Ils en commentent certaines avec enthousiasme et rient face à d’autres. Sur l’écran d’accueil de mon téléphone, il voit le visage de mon fils, bébé. Notre échange, un mélange de japonais et d’anglais, est interrompu par le dîner. Le lendemain matin, Madame Bonin, l’organisatrice, me demande si Masaru pourrait me rencontrer en privé. Nous convenons d’un rendez-vous pour la fin du congrès. J’assiste à la conférence de Masaru, où je suis surpris d’apprendre que son travail consistait à passer à dix heures du matin avec un plateau pour offrir le café à ses photographes travaillant dans des congélateurs. J’aurais aimé discuter avec l’un d’eux. Il omet de mentionner les noms des photographes. Masaru congèle à -25°, tandis que je me limite à -17°, contraint par les capacités de mon équipement. À plusieurs reprises, j’ai tenté de travailler dans des congélateurs, mais l’objectif du microscope se couvre de buée en quelques secondes. Assis, il est impossible de se protéger du froid plus de cinq minutes. Malgré les mitaines, manipuler les lames devient rapidement difficile, les doigts s’engourdissant.
Je n’ai jamais vu de vidéo montrant son protocole du début à la fin. En observant de plus près, sur les lames, l’eau a une forme bosselée. Une goutte d’eau ne gonfle pas sur des lames neuves ou propres en raison de la tension superficielle. Elle forme un film sur la lame. Durant ces années d’observations avec des centaines d’échantillons différents, je ne me suis jamais approché rarement des résultats d’Emoto. Nous avons en commun très peu de photographies comparables. Amusez-vous à tester.
Le dimanche soir Masaru et Hiro viennent visiter mon exposition. Nous avons la possibilité de discuter plus longuement et discrètement d’autres sujets, révélant à quel point nos travaux semblaient similaires. Au moment où mon histoire a commencé des cœurs avaient émergé de l’eau congelée. Puis vient ce détail fragile : un smiley caché dans un cristal en forme de cœur, une fossette qui répond à celle de mon fils. Comme si l’eau jouait, imitait, se souvenait. Dans l’un de ces cœurs, j’ai vu sur le lobe droit un cristal dont les branches n’étaient pas complètement formées et qui contenait un smiley. Au lieu de photographier et cadrer un cœur comme d’habitude je zoomai sur le smiley. C’était la première fois que l’eau m’offrait un smiley. À ma surprise Masaru remarque, sur une photographie exposée, un petit cristal formant un smiley et une similitude avec mon fils, qu’il avait vu la veille sur l’écran d’accueil de mon téléphone. Le smiley de la photographie a une marque à droite. Mon fils à cet âge, avait une fossette à droite sur son visage, exactement à la même place. Puis, Masaru demande à revoir mon fils en photo et, très calmement, va s’asseoir sans rien dire dans un fauteuil. Il veut vérifier ce détail passé inaperçu depuis un an. Masaru est paisible, seul, Hiro prend le relais. Sans l’aide d’une traductrice, notre échange était aussi merveilleux.
Il m’invite à les suivre le lendemain à Mexico, puis à Hawaï pour un documentaire en préparation et de travailler ensemble. Je ne peux pas accepter la proposition de Hiro. Je reste en France pour continuer d’apprendre.
L’eau, elle, continue de surprendre. En effet, j’ai seulement quelques mois d’apprentissage depuis l’hiver passé. Depuis neuf mois j’attends avec impatience le prochain hiver pour poursuivre le travail. Je pense avoir eu de la chance avec mes clichés et j’ai hâte de recommencer.
Le soir venu les conférenciers se rendent au restaurant. Dans la vaste salle du casino Masaru et Hiro Emoto et moi, nous amusons en remettant en ordre leur stand. Deux vigiles et la directrice nous regardent avec un air égayé. Nous discutons de tout sauf de nos travaux. Il commence à se faire tard, la famille Emoto rejoint le restaurant et de mon côté je repars chez des amis.
Les compliments de Masaru et Hiro m’encouragent à continuer. Deux jours après le congrès, je reprends le travail. Hiro et moi resterons en contact jusqu’au décès de Masaru en octobre 2014. Si j’avais su qu’il était malade je l’aurais accompagné dans cette tournée. Nous nous serions bien amusés si nous avions exposé ensemble. Il m’a motivé à poursuivre le travail et parfois je soupçonne Masaru de m’épier de là-Haut et de s’amuser à me voir faire. Depuis je poursuis ce dialogue silencieux. Masaru n’est plus là, mais parfois, j’imagine qu’il observe amuser mes expériences.
L’année suivante au congrès de l’hôtel Bellevue, l’atmosphère est bien différente sans Masaru et Hiro Emoto. Je n’y retournerai plus malgré les invitations. Quand des personnes, journalistes, scientifiques, conférenciers, auteurs, artistes me demandent mon avis sur Emoto, j’ai envie de répondre : « qui réalise ses photographies et quel est ce type d’eau si spécial ? » Ces éléments m’avaient échappé lors de notre conversation dominicale. Je veux simplement faire remarquer que chaque goutte d’eau cristallisée contient une multitude de cristaux différents. Il a tracé un chemin distinctif à travers ses recherches. Mes résultats ne suivent pas la méthodologie qu’il a établie. Il est surprenant qu’il n’ait jamais obtenu de cœur ou de smiley dans ses expériences.
Je ne sais pas si le travail de Masaru a été observé par des scientifiques ou témoins au moment de faire les photographies.
Mon travail est avant tout un travail photographique d’observation. Je ne demande à personne de croire à une théorie. Je montre des images obtenues selon un protocole précis et chacun est libre de les observer et d’en tirer ses propres conclusions. Si des scientifiques souhaitent étudier au microscope je m’en réjouis. Une photographie est une observation. Son interprétation appartient ensuite au domaine de la recherche scientifique.
Je photographie les structures cristallines de l’eau. Je ne prétends pas apporter des réponses définitives. Je montre ce que j’observe, j’invite à regarder autrement et j’encourage le dialogue entre l’art, l’observation et la science. »
